FAIT
AU NOM DE LA COMMISSION D'ENQUETE SUR LES
SECTES,
Président : M. Alain Gest,
Rapporteur : M. Jacques Guyard
Députés.
(1) Cette Commission est composée de
: MM. Alain Gest, président, Jean-Pierre Brard, Mme Suzanne
Sauvaigo, vice-présidents, MM. Eric Doligé, Rudy Salles,
secrétaires, Jacques Guyard, rapporteur ; MM. Jean-Claude
Bahu, Pierre Bernard, Raoul Béteille, Mme Christine Boutin,
MM. Jean-Pierre Brard, Jean-François Calvo, René Chabot,
Mme Martine David, MM. Pierre Delmar, Bernard Derosier, Eric Doligé,
Jean-Pierre Foucher, Jean Geney, Alain Gest, Jean Gravier, Jacques
Guyard, Pierre Lang, Gérard Larrat, Claude-Gérard
Marcus, Thierry Mariani, Mme Odile Moirin, MM. Georges Mothron,
Jacques Myard, Mme Catherine Nicolas, MM. Francisque Perrut, Daniel
Picotin, Marc Reymann, Marcel Roques, Rudy Salles et Mme Suzanne
Sauvaigo.
Droits de l'Homme et libertés publiques.
S O M M A I R E
_____
INTRODUCTION
88 membres de la secte des Davidsoniens morts
par suicide ou à l'issue d'affrontements avec la police à
Waco au Texas le 19 avril 1993 ; 53 membres de la secte du Temple
solaire morts suicidés ou assassinés en Suisse et
au Canada le 4 octobre 1994 ; 11 morts et 5.000 blessés dans
l'attentat au gaz perpétré dans le métro de
Tokyo par la secte Aoum le 5 mars 1995 : sans revenir sur des faits
plus anciens - mais tout le monde a encore en mémoire le
suicide collectif des 923 membres du Temple du Peuple au Guyana
en 1978 - voilà, sur moins de trois ans, le bilan des agissements
criminels les plus graves dont se sont rendues coupables certaines
sectes. Lorsque surviennent de tels faits, les media s'empressent
de titrer sur le phénomène sectaire, l'opinion s'émeut
- à juste titre - puis l'attention retombe jusqu'à
l'épisode spectaculaire suivant qui fera l'objet du même
traitement. Mais, pendant ce temps, un certain nombre de sectes
continuent insidieusement à accomplir leurs méfaits
quotidiens dans l'indifférence quasi-générale.
Le rapport rédigé par Alain
Vivien à la demande du Premier ministre et publié
en 1985 sous le titre " les sectes en France : expression de
la liberté morale ou facteurs de manipulation " , qui
présentait une photographie du phénomène sectaire
et en analysait les principaux aspects avant de formuler un certain
nombre de propositions, a eu le grand mérite de constituer
la première étude approfondie et objective sur les
dangers des sectes et d'alerter les pouvoirs publics et l'opinion
sur une réalité jusque là fort mal connue.
Cela étant, voici maintenant plus de dix ans que ce document
a été réalisé, et force est de constater
que, les mesures qu'il préconisait étant pour la plupart,
malgré leur intérêt et leur simplicité,
restées lettre morte, les sectes continuent de prospérer
en exploitant, pour leur plus grand profit, le désarroi dans
lequel l'évolution de notre société plonge
nombre de nos contemporains, prêts à se laisser abuser
par l'apparente spiritualité d'un discours dont ils ont l'illusion
qu'il peut apporter la réponse à leurs attentes.
Il était donc légitime que
la représentation nationale se préoccupe de prendre
la mesure d'un phénomène dont l'évolution,
depuis le rapport de M. Alain Vivien, est mal connue, d'apprécier
les dangers qu'il fait courir aux individus et à la société,
et de faire le point des mesures nécessaires pour le combattre.
Aussi l'Assemblée nationale a-t-elle, en adoptant à
l'unanimité le 29 juin dernier la proposition de résolution
présentée par M. Jacques Guyard et les membres du
groupe socialiste, créé une commission d'enquête
" chargée d'étudier le phénomène
des sectes et de proposer, s'il y a lieu, l'adaptation des textes
en vigueur " .
Constituée le 11 juillet dernier,
la Commission a décidé, lors de la réunion
qu'elle a tenue le 18 juillet pour organiser le déroulement
de ses travaux, de placer sous le régime du secret l'ensemble
des auditions auxquelles elle procéderait afin de permettre
la plus grande liberté de parole aux personnes dont elle
solliciterait le témoignage. En application de l'engagement
pris auprès des témoins, le présent rapport
ne comportera donc pas en annexe le compte-rendu des auditions qui
ont nourri les réflexions de la Commission, ni même
la liste des personnes qu'elle a entendues. Dans le même esprit,
n'est pas mentionnée dans le rapport l'origine des propos
dont il est fait état.
Vingt auditions ont été effectuées
dans ces conditions, pour une durée globale de vingt et une
heures. Elles ont permis à la Commission de prendre connaissance
des informations, de l'expérience et des analyses de personnes
ayant, à des titres divers, une connaissance approfondie
du phénomène sectaire, qu'il s'agisse de responsables
administratifs, de médecins, de juristes, d'hommes d'Eglise,
de représentants d'associations d'aide aux victimes de sectes,
et, bien sûr, d'anciens adeptes de mouvements sectaires et
de dirigeants d'associations sectaires. La Commission a, par ailleurs,
sollicité le concours de diverses administrations pour tenter
d'affiner au mieux la connaissance du champ de son étude.
Force lui est de constater qu'il a été répondu
à ses demandes avec un empressement et un zèle inégaux.
Si le ministère des Affaires sociales, celui des Affaires
étrangères, la Préfecture de Police de Paris
et, surtout, le ministère de l'Intérieur (Direction
centrale des Renseignements généraux), ont aidé
très efficacement la Commission dans ses recherches et ses
réflexions, le ministère de l'Economie et des finances
(Direction générale des impôts), et le ministère
de la Justice (Direction des affaires criminelles et des grâces)
n'ont en effet transmis que très tardivement les informations
dont ils disposent.
Tel qu'il est présenté dans
le présent rapport, le résultat de l'ensemble des
travaux menés par la Commission décevra ceux qui se
seraient attendus à y trouver des révélations
ou des anecdotes inédites. Elle n'avait pas les moyens, et,
au demeurant, ce n'était pas ainsi qu'elle concevait sa mission,
de se livrer à des recherches ou à des mises en cause
qui relevaient de la compétence des services de police et,
le cas échéant, de la justice. En s'appuyant sur le
travail d'un très grand intérêt réalisé
par la Direction centrale des Renseignements généraux,
sur les recherches et les analyses menées par des spécialistes
de différentes disciplines, enfin, sur les témoignages
oraux ou écrits de personnes ayant elles-mêmes vécu
au sein d'une secte ou dont les proches ont connu ou connaissent
cette expérience, elle a tenté d'appréhender
au mieux une réalité mouvante, complexe et souvent
travestie de faux-semblants.
Comme on le verra, elle a été,
dès l'abord, confrontée à la difficulté
de définir le terme de sectes pour délimiter le champ
de son étude. Néanmoins, elle a choisi de ne pas se
laisser arrêter par ce qui n'est en réalité
qu'un faux obstacle, et de suivre avec persévérance
une démarche empirique que d'aucuns pourraient juger insuffisamment
ambitieuse mais dont la modestie cache un souci de réalisme
et d'efficacité. C'est donc sans esprit de système,
sans a priori d'aucune sorte, et en prenant toujours le plus grand
soin de ne pas procéder à des amalgames abusifs ni
de tomber dans la paranoïa, sans pour autant faire preuve d'angélisme
ou, au moins, de naïveté, que la Commission a tenté
d'apprécier les contours d'un phénomène qui,
bien que difficile à appréhender, semble se développer,
avant de constater qu'il revêt des formes diversifiées
et se caractérise souvent par des pratiques dangereuses,
et, enfin, de dégager les moyens d'une riposte adaptée
à cette dangerosité.
I.--UN PHENOMENE QUI, BIEN QUE DIFFICILE A APPREHENDER SEMBLE SE DEVELOPPER
La Commission a tout d'abord cherché
à apprécier l'ampleur actuelle du phénomène
sectaire et, à la lumière de certaines de ses caractéristiques
ainsi que de son évolution récente, à dégager
les tendances probables de son devenir. Malgré les difficultés
qu'elle a rencontrées à définir le phénomène
faisant l'objet de son étude et à le mesurer, il lui
est apparu qu'il recèle des potentialités d'expansion
qui doivent justifier une vigilance accrue de la part des pouvoirs
publics.
A.- UN PHENOMENE DIFFICILE A DEFINIR
A priori, l'approche du phénomène
des sectes, comme de tout autre, suppose que ce concept soit clairement
défini.
Or, toutes les études, tous les
ouvrages consacrés aux associations dites sectes reconnaissent
la difficulté d'une telle démarche, que la Commission
a mesurée tout au long de ses travaux : en effet, la notion
de secte, particulièrement difficile à définir
dans le langage courant, est totalement inconnue du droit français.
A l'évidence, cette situation n'a
pu que rendre sa tâche plus ardue. Ayant été
confrontée à cette difficulté dès le
début de ses recherches, la Commission n'a pas voulu se laisser
enfermer dans l'alternative à laquelle elle conduit logiquement
: soit tenter de donner une définition juridique à
la notion de secte destinée à servir de base à
la suite de ses travaux, au risque de heurter le principe de la
liberté de conscience, soit considérer qu'elle ne
pouvait valablement continuer à travailler en raison de l'impossibilité
de procéder à une telle définition. Elle a,
avec modestie mais aussi dans un souci d'efficacité, suivi
une démarche empirique, en constatant l'existence d'organismes
divers communément dénommés sectes et en cherchant
à préciser les contours de ce qui peut être
englobé sous cette appellation pour en dégager les
caractéristiques qui peuvent justifier que l'on s'y intéresse,
voire que l'on s'en préoccupe.
1.- L'impossible
définition juridique
L'absence de définition juridique
des sectes en droit résulte de la conception française
de la notion de laïcité.
L'origine de cette conception est à
rechercher dans l'article 10 de la Déclaration des Droits
de l'Homme et du citoyen qui dispose que " nul ne doit être
inquiété pour ses opinions, même religieuses,
pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public institué
par la loi " . Les rédacteurs de la Déclaration
ont ainsi clairement posé le principe de la neutralité
de l'Etat, de sa discrétion à l'égard des opinions
religieuses.
Cette attitude doit être complétée
par une approche plus positive, qui confie à l'Etat le soin
d'assurer à chacun le libre exercice de la religion qu'il
a choisie : l'article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958 précise
ainsi que la France, République laïque, " assure
l'égalité devant la loi des citoyens sans distinction
d'origine, de race ou de religion " et qu'elle " respecte
toutes les croyances " . Cette consécration constitutionnelle
récente avait été ébauchée par
le préambule de la Constitution de 1946 qui, quels que soient
les débats relatifs à sa portée juridique,
rappelait l'attachement du peuple français à la déclaration
de 1789 et aux " principes fondamentaux reconnus par les lois
de la République " .
Le régime juridique des cultes
qui résulte d'une telle conception de la laïcité
est tout entier contenu dans les deux premiers articles de la loi
du 9 décembre 1905 relative à la séparation
des Eglises et de l'Etat, qui disposent que " la République
assure la liberté de conscience ] garantit le libre exercice
des cultes " (art. 1) et qu'elle " ne reconnaît,
ne salarie, ni ne subventionne aucun culte " (art. 2).
Le principe de neutralité de l'Etat
signifie donc que les croyances religieuses ne sont pas un fait
public sous réserve des restrictions liées au respect
de l'ordre public, que le fait religieux relève des seuls
individus, de la seule sphère privée des citoyens.
Ainsi s'explique que l'Etat, fidèle
à son " indifférence " affichée à
l'égard des religions, n'ait jamais donné une définition
juridique de celles-ci. Si la doctrine admet qu'elles se caractérisent
par la réunion d'éléments subjectifs (la foi,
la croyance) et d'éléments objectifs (le rite, la
communauté), nulle définition d'une religion ne peut
être constatée dans le droit positif.
Celui-ci se borne à réglementer
la vie des structures juridiques ainsi que des pratiques sociales
qui constituent le support des religions (associations, cultuelles
ou non, congrégations religieuses) ; il n'opère aucune
distinction juridique entre les différents cultes, n'effectue
aucune discrimination, positive ou négative, entre eux.
On conçoit dès lors l'impossibilité
juridique de définir les critères permettant de définir
les formes sociales que peut revêtir l'exercice d'une croyance
religieuse, a fortiori de distinguer une Eglise d'une secte.
La commission d'enquête a donc été
confrontée dès le début de son activité
au paradoxe de devoir travailler sur un secteur juridiquement inexistant.
Sa position était d'autant plus délicate que, impossible
à définir en droit, la notion est également
difficile à manier dans le langage courant.
2.- L'imprécision
et la diversité des définitions issues du langage
courant
La notion de secte, même dans le
langage courant, n'est pas univoque : différents niveaux
d'analyse ne suffisent sans doute pas à témoigner
de la diversité - et de la richesse - du concept.
a) L'approche
étymologique
Une étude étymologique montre
que le terme " secte " est apparu aux alentours des XIII
- XIVèmes siècles et qu'il peut être rattaché
à deux racines latines : l'une le rattachant au verbe suivre,
l'autre au verbe couper.
Cette hésitation sur l'origine
sémantique imprègne aujourd'hui encore l'ensemble
des dictionnaires.
Significative est la définition
fournie par le dictionnaire Littré, pour qui la secte est
" l'ensemble des personnes qui font profession d'une même
doctrine " ou " qui suivent une opinion accusée
d'hérésie ou d'erreur " .
Le dictionnaire Robert distingue quant
à lui entre les personnes " qui ont la même doctrine
au sein d'une religion " et celles qui " professent une
même doctrine " .
Dans tous les cas, les deux origines supposées
de la notion induisent, simultanément ou alternativement,
les deux idées de croyance commune et/ou de rupture par rapport
à une croyance antérieure.
C'est sur ce concept de rupture qu'insiste
le dictionnaire des religions (PUF, 1984) qui définit la
secte comme " Au sens originel, un groupe de contestation de
la doctrine et des structures de l'Eglise, entraînant le plus
souvent une dissidence. Dans un sens plus étendu, tout mouvement
religieux minoritaire " .
b) L'approche
sociologique
La sociologie fournit quant à elle
une définition de la secte par opposition à celle
d'Eglise. C'est ainsi que Max Weber a procédé pour
préciser ces deux notions l'une par rapport à l'autre
: pour lui l'Eglise est une institution de salut qui privilégie
l'extension de son influence, alors que la secte est un groupe contractuel
qui met l'accent sur l'intensité de la vie de ses membres.
Ernst Troeltsh a poursuivi l'oeuvre de
Weber et souligné que l'Eglise est prête, pour étendre
son audience, à s'adapter à la société,
à passer des compromis avec les Etats. La secte, au contraire,
se situe en retrait par rapport à la société
globale et tend à refuser tout lien avec elle, et même
tout dialogue. Elle a une attitude identique à l'égard
des autres religions, de sorte qu'en ce sens l'oecuménisme
pourrait servir de critère pour distinguer Eglise et secte.
c) L'approche
fondée sur la dangerosité des sectes
Le terme " sectaire " , apparu,
lui, au cours des guerres de religion, est empreint d'une forte
connotation péjorative. Il est appliqué au membre
d'une secte caractérisé par son intolérance,
son adhésion aveugle, son étroitesse d'esprit.
Le langage moderne a été
fortement marqué par cette connotation péjorative
: de nos jours, le terme " secte " fait référence
à des mouvements religieux ou pseudo-religieux d'apparition
récente, minoritaires, sécessionnistes ou non.
Le débat sur les " sectes
dangereuses " ou les " dérives sectaires "
a encore accentué l'aspect péjoratif du concept.
Plusieurs personnalités entendues
par la Commission ont développé devant elle des approches
de la définition des sectes fondées sur la dangerosité
des mouvements. L'une d'entre elles a formalisé ainsi le
résultat de cette démarche, en donnant comme définition
des sectes :
" Groupes visant par des manoeuvres
de déstabilisation psychologique à obtenir de leurs
adeptes une allégeance inconditionnelle, une diminution de
l'esprit critique, une rupture avec les références
communément admises (éthiques, scientifiques, civiques,
éducatives), et entraînant des dangers pour les libertés
individuelles, la santé, l'éducation, les institutions
démocratiques.
Ces groupes utilisent des masques philosophiques,
religieux ou thérapeutiques pour dissimuler des objectifs
de pouvoir, d'emprise et d'exploitation des adeptes. "
Dans une telle optique, l'accent est mis en
outre sur le caractère insidieux de la dérive sectaire,
car il est difficile de tracer une frontière entre le fonctionnement
" légitime " et la zone dangereuse, c'est à
dire entre :
- la libre association et le groupe coercitif,
- la conviction et les certitudes incontournables,
- l'engagement et le fanatisme,
- le prestige du chef et le culte du gourou,
- les décisions volontaires et les choix totalement
induits,
- les recherches d'alternatives (culturelles, morales, idéologiques)
et la rupture avec les valeurs de la société,
- l'appartenance loyale à un groupe et l'allégeance
inconditionnelle,
- la persuasion habile et la manipulation programmée,
- le langage mobilisateur et le néolangage (la "
langue de bois " ),
- l'esprit de corps et le groupe fusionnel.
On mesure à quel point il est,
dans ces conditions, difficile de raisonner de manière objective,
de se situer entre la banalisation et la diabolisation, entre la
cécité et la tolérance abusive d'une part,
la suspicion généralisée d'autre part : c'est
pourtant cette voie qu'a choisi la Commission.
d) La conception
retenue par la Commission
La Commission a en effet constaté
que si la difficulté à définir la notion de
secte a été soulignée par toutes les personnalités
qu'elle a entendues, la réalité visée semble
unanimement cernée, sauf naturellement par les adeptes et
dirigeants des sectes qui nient ce caractère à leur
groupement (tout en pouvant le reconnaître à d'autres)
et préfèrent évoquer les termes d' " Eglises
" ou de " minorités religieuses " .
La Commission n'a pas la prétention
de réussir ce à quoi tous ceux qui travaillent sur
la question des sectes, souvent depuis de nombreuses années,
ne sont pas parvenus, c'est-à-dire donner une définition
" objective " de la secte, susceptible d'être admise
par tous. Les travaux de la Commission s'appuient donc sur un certain
nombre de choix éthiques qu'elle ne cherche pas à
dissimuler.
Parmi les indices permettant de supposer
l'éventuelle réalité de soupçons conduisant
à qualifier de secte un mouvement se présentant comme
religieux, elle a retenu, faisant siens les critères utilisés
par les Renseignements généraux dans les analyses
du phénomène sectaire auxquelles procède ce
service et qui ont été portées à la
connaissance de la Commission :
- la déstabilisation mentale ;
- le caractère exorbitant des exigences financières
;
- la rupture induite avec l'environnement d'origine ;
- les atteintes à l'intégrité physique
;
- l'embrigadement des enfants ;
- le discours plus ou moins anti-social;
- les troubles à l'ordre public ;
- l'importance des démêlés judiciaires
;
- l'éventuel détournement des circuits économiques
traditionnels ;
- les tentatives d'infiltration des pouvoirs publics.
Votre Commission insiste sur le fait que, la
définition des sectes s'avérant à bien des
égards difficile, elle a conduit ses travaux en se gardant
de faire siennes les définitions des sectes proposées
par ses interlocuteurs, par nature engagés, à un titre
ou à un autre dans la promotion des nouvelles religions ou
dans la lutte contre leurs excès - réels ou supposés
--.
Elle a été consciente que
ni la nouveauté, ni le petit nombre d'adeptes, ni même
l'excentricité ne pouvaient être retenus comme des
critères permettant de qualifier de secte un mouvement se
prétendant religieux : les plus grandes religions contemporaines
ne furent souvent, à leurs débuts, que des sectes
au nombre d'adeptes réduit ; bien des rites établis
et socialement admis aujourd'hui ont pu à l'origine susciter
des réserves ou des oppositions.
Le champ de son étude a ainsi été
volontairement restreint à un certain nombre d'associations
réunissant, le plus souvent autour d'un chef spirituel, des
personnes partageant la même croyance en un être ou
un certain nombre d'idées transcendantales, se situant ou
non en rupture avecles religions " traditionnelles " (chrétienne,
musulmane, hindouiste, bouddhiste) qui ont été exclues
de cette étude, et sur lesquelles ont pu, à un moment
ou à un autre, peser le soupçon d'une activité
contraire à l'ordre public ou aux libertés individuelles.
La difficulté de définir
la notion de secte, qui sera pourtant utilisée dans la suite
de ce rapport, a conduit la Commission à retenir un faisceau
d'indices, dont chacun pourrait prêter à de longues
discussions. Elle a donc préféré, au risque
de froisser bien des susceptibilités ou de procéder
à une analyse partielle de la réalité, retenir
le sens commun que l'opinion publique attribue à la notion.
A défaut, elle n'aurait
pu, constatant les difficultés rencontrées lors de
la tentative de définition du phénomène, qu'interrompre
ses travaux. Une telle attitude aurait sans doute dérouté,
et aurait, de plus, empêché que soient analysés
les réels problèmes posés par le développement
d'un certain nombre d'associations.
Difficile à définir, le
phénomène des sectes ne peut de surcroît - mais
aussi de ce fait - être mesuré avec précision.
B.- UN PHENOMENE DIFFICILE A MESURER
Toute tentative de mesure globale du phénomène
sectaire se heurte à un certain nombre d'obstacles, qui doivent
être brièvement évoqués.
L'imprécision entourant la définition
de la notion est bien entendu le premier d'entre eux : comment mesurer
un phénomène dont il n'existe pas de définition
admise par tous ?
Il est en deuxième lieu difficile
de quantifier l'activité des multiples associations gravitant
autour de tel ou tel mouvement, d'assimiler, par exemple, l'auditeur
régulier de conférences organisées par une
association proche d'une secte, à un adepte de cette dernière.
Le choix du critère servant à
mesurer le phénomène est en troisième lieu
lui aussi aléatoire : doit-on retenir le nombre d'adeptes
ou celui des sympathisants, à supposer que l'une et l'autre
de ces deux notions puissent recevoir une définition satisfaisante
? Compte tenu de l'impact familial ou social du phénomène,
doit-on inclure l'entourage des personnes directement concernées
pour apprécier correctement le nombre de " victimes
" ?
Au demeurant, les sectes elles-mêmes ne
sont pas toujours en mesure de quantifier avec une relative précision
le nombre de leurs adhérents. Différents indices permettent
même d'affirmer que certaines d'entre elles le gonflent artificiellement
afin d'accréditer l'idée d'une audience qu'elles n'ont
pas dans la réalité, alors que d'autres le minimisent
volontairement dans le but de ne pas attirer l'attention des pouvoirs
publics.
L'audience réelle des différentes
sectes ne peut, enfin, être mesurée à l'aune
de seuls critères numériques : l'implantation internationale
de la secte, ses capacités financières, sa stratégie
éventuelle d'infiltration contribuent pour beaucoup à
son audience, sa capacité d'ingérence, sa dangerosité.
Ces réserves méthodologiques
posées, il reste toutefois nécessaire d'essayer de
mieux cerner, sur le plan quantitatif, le phénomène
sectaire.
Deux types d'évaluation ont été
communiqués à la mission : l'une résulte des
observations de la Direction centrale des Renseignements généraux;
l'autre, plus indirecte, des études d'un certain nombre d'experts.
1.- L'évaluation
par les Renseignements généraux
Le phénomène sectaire fait
l'objet, depuis une vingtaine d'années, d'un suivi régulier
par les Renseignements généraux. Toutefois, l'actualité
du phénomène et les moyens limités de la DCRG
n'autorisent pas l'exécution fréquente de travaux
de synthèse.
Deux bilans ont à ce jour été
dressés, l'un dans le cadre de l'élaboration du rapport
de M. Alain Vivien " Les sectes en France " , en 1982,
l'autre à la demande de la commission d'enquête.
L'analyse très complète
et très fine à laquelle ont procédé
les Renseignements généraux retient une définition
de la secte fondée sur la dangerosité supposée
des différents mouvements, elle-même déduite
de l'existence d'un ou plusieurs indices parmi les suivants : déstabilisation
mentale, exigences financières exorbitantes, rupture avec
l'environnement d'origine, atteintes à l'intégrité
physique, embrigadement des enfants, discours antisocial, troubles
à l'ordre public, démêlés judiciaires,
détournements des circuits économiques, infiltration
des pouvoirs publics. Sur ces bases, ont été recensés,
dans le cadre de chaque département métropolitain,
les associations remplissant l'un au moins de ces dix critères.
Ils ont de surcroît distingué,
pour chaque mouvement, " l'organisation mère "
des différentes " filiales " qui gravitent autour
d'elle, que celles-ci soient " officielles " (antennes
locales portant le nom de la secte), ou " masquées "
(associations diverses, voire sociétés civiles ou
commerciales).
Les différentes " organisations-mères
" ont, de plus, fait l'objet d'une évaluation quantitative
permettant de les répartir entre celles qui comptent moins
de 50 adeptes, entre 50 et 500 adeptes, entre 500 et 2.000 adeptes,
plus de 2.000 adeptes. Il est à signaler que seul le mouvement
des Témoins de Jéhovah dépasse en France les
10.000 fidèles (leur nombre est évalué à
130.000).
Pour la plupart, les mouvements ésotériques
ou se rattachant à l'anthroposophie (), bien que prédisposant
parfois des individus fragilisés à un " cheminement
sectaire " , n'ont pas été mentionnés,
en raison de leur innocuité objective. De même, l'immense
majorité des groupes se réclamant exclusivement du
Nouvel Age, multiples et à l'audience souvent confidentielle,
ont été exclus de cette étude car se situant
encore aux " franges sectaires " .
L'agrégation, au niveau national,
des résultats obtenus par département permet de tirer
un certain nombre d'enseignements, relatifs au nombre des sectes
en premier lieu, à celui de leurs adeptes en second lieu,
à la dynamique du mouvement enfin.
- les structures sectaires
Le nombre de mouvements recensés
par la DCRG et répondant à l'un des critères
de dangerosité indiqués ci-dessus s'élève
aujourd'hui à 172 pour les " organisations-mères
" . L'inclusion des " filiales " dans l'étude
permet de constater l'existence, en France, d'une véritable
" nébuleuse sectaire " comptant plus de 800
satellites.
Une étude de la répartition
géographique des sectes montre que le phénomène
n'a pas une ampleur uniforme sur le territoire français.
Les organisations mères se
concentrent pour l'essentiel sur quatre grandes régions
(carte no 1) :
- la première englobe l'Ile-de-France
et ses départements limitrophes pour s'étendre
jusqu'à la Manche et une partie de la Bretagne ;
- la seconde irradie autour de l'estuaire de la Gironde
pour toucher le Nord de l'Aquitaine et le Sud de la région
Poitou-Charentes ;
- la troisième dessine le sillon rhodanien pour s'élargir
à la quasi-totalité de la région Provence-Alpes-Côte
d'Azur ;
- la quatrième enfin est circonscrite à
deux départements lorrains, la Moselle et la Meurthe
et Moselle.
A l'inverse, les régions Centre, Nord-Pas-de-Calais,
Maine et Loire, Franche-Comté semblent relativement épargnées.
L'inclusion des " filiales " dans la représentation
cartographique ne modifie pas la représentation du phénomène
sectaire, même si elle accroît l'impression de diffusion
sur l'ensemble du territoire national (carte no 2).
Cette impression est encore accrue
si l'on adjoint à cette dernière représentation
cartographique l'influence représentée par les
Témoins de Jéhovah, dont les lieux de culte (
" salles du royaume " ) sont nombreux dans un certain
nombre de départements peu touchés par le reste
du phénomène sectaire, notamment le Calvados,
le Finistère, les Pyrénées Atlantiques,
le Doubs (carte no 3).
- Les adeptes des sectes
Même s'il est difficile de procéder
à un chiffrage précis, tant il est ardu de distinguer
le véritable adepte du disciple occasionnel ou du simple
sympathisant, les Renseignements généraux estiment
à 160.000 le nombre d'adeptes au moins occasionnels,
et à 100.000 le nombre de sympathisants.
Il est cependant nécessaire
d'affiner ces résultats en faisant valoir que 80 % des
mouvements regroupent moins de 500 adeptes, près de 60
sectes comptant même moins de 50 adeptes. On constate
donc une concentration du phénomène sectaire sur
une quarantaine de mouvements, dont on verra, de surcroît,
que ce sont ceux qui répondent le plus souvent à
un grand nombre de critères de dangerosité.
Les listes suivantes présentent,
classées par ordre alphabétique et pour chaque
classe d'effectifs définie, le nom des mouvements pouvant,
à l'aune des critères définis, être
qualifiés de sectaires.
- Mouvements sectaires de moins de 50
adeptes :
Alliance Rose Croix / Association
Recherches Culturelles
AMPARA
Association Culturelle ALPHA
Association de soutien à l'oeuvre de Sundari - L'Ecole
de l'essentialisme
Association Le Droit de survie
Association spirituelle d'Haidyakhan
Centre d'applications psychiques "Raphaël"
Centre d'épanouissement et aide François de Sales
Centre de développement humain
Centre de thérapie Dalmatie
Clé de l'univers
Club prélude à l'Age d'or
Communauté de la Thébaide
Communauté Les boucheries
Cosmicia
Cosmos - Intuition - Ailes
Dakpo Shampa Kadgyu
Ecole de la préparation de l'évacuation extra
terrestre
Eglise Khristique de la Jérusalem Nouvelle ordre de Raolf,
d'Arnold et d'Osmond
Eglise philosophique Luciférienne
El - Etre son corps
Emissaries of the divine light
Enseignement et thérapie de recherches évolutives
Etre-Exister-Energétique
Fondation Saint-germain
Grande loge souveraine internationale magique et theurgique
de rite égyptien - Cagliostro
Ermitage du Christ de la paix
Imagine
Insight seminars - Innergy
Institut de psychanimie
Institut de recherches psychanalytiques
Institut Frank Natale
Kofuku no kagaku (institut pour la recherche du bonheur de l'homme)
L'arbre au milieu
La nouvelle ère
Le suicide des rives
Landmark education international - Le forum
Le club des surhommes
Le village du verseau
Les amis de la confrérie Saint-Andréas
Les amis de Marie - Les pauvres de Marie
Les croisés de la nouvelle Babylone
Les jardins de la vie
Loisirs et santé - Le corps miroir
Lumière dorée
MAEV
Méthode Sylva de contrôle mental
Ordonnance des scribes scientifiques et des mystères
initiatiques
Ordre des chevaliers de France et de la Trinité Sainte
Ordre du temple universel
Red concept limited
Révélation de la 7ème heure
Sanctuary
Savoir changer maintenant
Shinji Shumeikai France
Spiritual Emergence Network France - Respiration holotropique
Viveka
- Mouvements sectaires de 50 à
500 adeptes :
Amis de la croix glorieuse de Dozule
Arche de Marie
ASPIRAL
Association de défense des libertés d'expression
dans l'institution française (ADLEIF)
Association de méditation en France
Association Nouvelle Acropole France (ANAF)
Association pour l'unification du christianisme mondial
Association pour la promotion des arts industrieux (APPAI)
Association pour la recherche et l'étude de la survivance
(APRES)
Association Vo Vi de France - Amis de la Science du non être
de France
ATHANOR
AZAZEL INSTITUTE INC
Centre d'Etudes Gnostiques
Centre d'information OSHO
Centre de documentation et d'information et de contact pour
la prévention du cancer
Centre de méditation Mahatayana
Centre du cygne Djivana Prana - Source de vie
Centre du Paraclet
Centre international de parapsychologie et de recherche scientifique
du Nouvel Age
Cercle initiatique de la licorne Wicca occidentale
Comètes oxygènes - Le moulin du soleil
Communauté pour la propagation de la vie universelle
Communion de satonnay
Eckankar France
Eija
Energie et création - Energie et créativité
Energy world
Espace culturel Etre maintenant (ECEM)
Etude tradition et recherche en énergétique (ETRE.)
Faculté de parapsychologie
Famille de Nazareth
Fédération française pour la conscience
de Krishna
Fédération internationale pour le développement
de l'alimentation instinctive (FIDALI)
Fondation Elan vital
Harmonie holistique
Humana France - TVIND
Iesu no mitama kyokai (Eglise du Saint Esprit de Jésus)
Institut de recherche physique et conscience
Institut de Saint-Preux
Institut des sciences holistiques de l'Ouest
Institut théologique de Nimes
L'Eglise à Paris
La famille (ex-enfant de Dieu)
La science du mental
La voie de la lumière (unité de recherches pour
l'évolution de la lumière)
La voie internationale
Le grand logis
Lectorium rosicrucianum (Rose-Croix d'or)
Lumière du Maat
Maha Shakti Mandir
Mandala 33
Mission Swmi Atmananda Atma Bodha Satsanga
Mission Timothée
Mouvement humaniste
Office culturel de Cluny - Fédération
nationale d'animation globale
Ogyen Kunzang Choling
Ordo Templi Orientis
Ordre apostolique - Therapeutic healing
environment
Ordre du Graal ardent
Ordre du lys et de l'aigle
Ordre monastique d'Avallon
Ordre rénové du Temple (ORT)
Oxyon 777 (ex-Harmonia)
Paravidya sagesse suprême
Partage international communication
Philosophe de la nature
Reine de la paix - Ordre du coeur immaculé
de Marie et de Saint Louis de Montfort
Reiyukai
Saint Bani
Saman
Seimeikyo Europe
Siderella
Sister mouvement rasta
Société holosophique de France
Star's edge international - Méthode
Avatar
Sukyo Mahikari - Lumière de vérité
Tradition Famille Propriété
Trans-mutations
Venture
Vital Harmony SA
- Mouvements sectaires
de 500 à 2.000 adeptes :
Alliance universelle
ANTHROPOS - Association pour la recherche
sur le développement holistique de l'homme
Association Subud de France - Susila Dharma
France
Association Sri Chinmoy de Paris
Culte Antoiniste
Domaine d'Ephèse
Eglise évangélique de Pentecôte
de Besançon
Eglise universelle de Dieu
Eglises du Christ international en France
Fraternité blanche universelle
Fraternité Notre Dame
Invitation à la vie
L'oeil s'ouvre
La maison de Jean
La parole de foi - Evangélisation
mondiale
Mouvement du Graal en France
Ontologie méthodique culture et
tradition
Paris Dharma Sah - Lotus Sangha of European
social buddhism
Société internationale de
trilogie analytique -sarl-
Union des associations centres et groupes
Sri Sathya Sai
Université spirituelle internationale
des Brahma Kumaris
Vie chrétienne en France - Centre
de vie chrétienne
Viswa Nirmala Dharma - Sahaja Yoga
- Mouvements sectaires
de 2.000 à 10.000 adeptes :
Association Lucien
J. Engelmajer
CEDIPAC SA (ex-GEPM)
Chevaliers du Lotus d'or
Communauté des petits frères
et des petites soeurs du Sacré-coeur
Eglise de scientologie de Paris
Eglise néo-apostolique de France
Eglise universelle du royaume de Dieu
Energie humaine et universelle France -
HUE France
Institut de science vedique maharishi Paris
- C.P.M. - Club pour méditants ( " Méditation
transcendentale " )
Mouvement Raëlien français
Shri Ram Chandra Mission France
Soka Gakkai internationale France
Enfin, le nombre des Témoins de Jéhovah
peut être estimé à 130.000.
- Dynamique du phénomène sectaire
On pourrait a priori penser apprécier
la dynamique du phénomène sectaire en comparant
les deux bilans dressés à treize années
d'intervalle par les Renseignements généraux ().
Un certain nombre de raisons interdisent
toutefois de pouvoir tirer des conclusions significatives d'une
telle comparaison. En effet :
- l'enquête de 1995, à
la différence de celle effectuée en 1982, n'incorpore
pas les résultats de l'enquête (en cours) dans
les DOM-TOM ;
- la moindre sensibilisation des enquêteurs
à la spécificité du phénomène
sectaire n'avait pu, en 1982, permettre d'inclure dans l'étude
les " filiales masquées " ;
- la qualification de certains mouvements
considérés comme sectaires en 1982 (dissidences
chrétiennes, anthroposophie, groupes ésotériques)
a été revue en 1995. A l'inverse, de nouveaux
mouvements ont été qualifiés de sectaires
en 1995 alors qu'ils n'apparaissaient pas comme tels en 1982
(Association Lucien J. Engelmajer, dite " Le Patriarche
" ). La question reste de surcroît pendante pour
des groupements récemment apparus, qui n'ont pas été
retenus en 1995 (Le Groupement, Herbalife).
Seules de grandes tendances peuvent
donc être dégagées, qui peuvent être
synthétisées dans le tableau ci-après :
| |
1982 |
1995 |
| Nombre de mouvements |
~ 190 |
~ 170 |
| Nombre de filiales |
non estimé |
~ 800 |
| Nombre d'adeptes |
~100.000 |
~160.000 |
| dont Témoins de Jéhovah
|
75.000 |
130.000 |
| Nombre de sympathisants |
" 50.000 |
" 100.000 |
La plus importante semble être la multiplication des "
filiales " des mouvements sectaires, beaucoup plus nombreuses
aujourd'hui que celles décelées en 1982, même
si un dénombrement précis n'avait pas alors été
effectué. Comme il a déjà été
dit, le phénomène des " satellites cachés
" était embryonnaire à l'époque et,
de façon générale, les sectes étaient
nettement moins disséminées qu'aujourd'hui. A titre
d'exemple, on mentionnera que, selon la DCRG, près de 60
filiales sont rattachées à l'Eglise de Scientologie.
L'augmentation du nombre de mouvements
sectaires est indéniable. Une étude typologique
(cf. infra) montre que cette augmentation est due pour partie
à la vigueur du courant " Nouvel Age " , qui
a vu le nombre de ses structures considérablement augmenter,
même si celles-ci ne rassemblent qu'un faible nombre d'adeptes.
La progression du nombre d'adeptes
et de sympathisants est considérable puisqu'elle est
de 60 % pour les premiers et de 100 % pour les seconds.
Même si elle ne peut être
mesurée avec une exactitude scientifique, la dynamique
sectaire est donc importante, quel que soit le critère
retenu pour l'apprécier.
Cette appréciation est corroborée
par les constatations, plus indirectes, des experts ayant étudié
le phénomène sectaire.
2.-
L'évaluation par les différents experts
Deux grandes associations ont aujourd'hui
pour objet la lutte contre le phénomène sectaire.
La plus ancienne est constituée
par l'Union Nationale des Associations pour la Défense
de la Famille et des Individus (UNADFI), qui regroupe vingt
associations locales, dont la première fut fondée
en 1974.
C'est sept ans plus tard qu'a été
créé le Centre de documentation, d'éducation
et d'action contre les manipulations mentales (CCMM), à
l'initiative de Roger Ikor, à la suite de la mort de
son plus jeune fils, victime d'une secte.
Il est à signaler que d'autres
experts disposent d'une compétence reconnue sur le phénomène
sectaire : médecins, universitaires, hommes d'Eglise,
journalistes, ils appartiennent aux horizons les plus divers.
Le tableau ci-après récapitule
les estimations fournies sur le nombre d'adeptes de certaines
sectes par un certain ombre d'ouvrages parus entre 1977 et 1987.
Il montre clairement qu'en l'espace de ces dix années,
le nombre supposé des adeptes de chacune d'entre elles
a considérablement augmenté, exception faite de
la Mission de la Lumière divine.
L'UNADFI a par ailleurs communiqué
à la Commission une estimation, pour 1995, du nombre
d'adeptes des principales sectes implantées en France.
Ce recensement partiel fait apparaître, pour la seule
trentaine de sectes citées, qui n'inclut pas les Témoins
de Jéhovah, un nombre d'adeptes supérieur à
120.000. Cette estimation semble donc sensiblement supérieure
à celle des Renseignements généraux, qui
évaluent à 160.000 le nombre des adeptes des quelque
172 groupements qu'ils reconnaissent comme sectes.
Le même écart est perceptible
pour le nombre de structures sectaires, évalué
le plus souvent entre 200 et 300 (un des interlocuteurs de la
Commission a même avancé le chiffre de 1.000).
La déclaration suivante, faite
devant la Commission, traduit bien l'importance estimée
du phénomène sectaire en même temps que
la difficulté à l'appréhender.
" En quantité, il est
très difficile de chiffrer le fait sectaire. Les maximalistes
voient des sectes partout et considèrent qu'il y a des
centaines de milliers de Français qui sont touchés.
Je crois qu'il faut être plus raisonnable. Il y a sans
doute des formes un peu aberrantes de religiosité qui
ne sont pas pour autant des sectes, dont le comportement des
adeptes n'est pas en lui même particulièrement
remarquable, ni même condamnable. Ce que je dirai, c'est
qu'il doit y avoir en France, à l'heure actuelle, entre
200 et 300 sectes qui ont une importance et une audience extrêmement
variées, que ces milieux sont tout à fait instables,
à la fois parce que certaines, comme toutes les organisations
humaines, se développent alors que d'autres meurent,
qu'elles sont influencées par l'étranger, ce qui
signifie que des passages de populations étrangères
s'effectuent et qu'en même temps des Français s'expatrient
dans d'autres sites où la secte est implantée.
Toutes ces associations doivent concerner, directement ou indirectement,
environ un demi-million de Français. Quand je dis ``directement'',
je pense bien entendu aux adeptes eux-mêmes, ceux qui
sont entrés dans une secte et qui en sont sortis, à
la rigueur ceux qui sont sur le point d'y entrer, mais également
tout l'environnement familial et social des adeptes de sectes
qui subit naturellement les répercussions des pratiques
et des comportements sectaires de ceux-ci. "
LES ADEPTES DES SECTES
(1) DANS LES ANNEES 1970 - 1980 : ESTIMATIONS
|
Nom de la secte
|
Alain Woodrow
|
Claude Petit-Castelli
|
Jean-François
Mayer
|
Janine &
J. Marie Vermander
|
Jean Vernette
René Girault
|
|
|
Les nouvelles
sectes Seuil 1977
|
Les sectes
: Enfer ou Paradis Ed. de Messine 1977
|
Les Sectes
Nouvelles Cerf 1977
|
Des sectes
Diablement Vôtres Ed. Soceval 1986
|
Des sectes
à notre porte Chalet 1987
|
|
|
Enfants de Dieu
(Famille d'amour)
|
6.000
|
15.000.000
|
10.243
|
-
|
7.000
|
|
|
250 à
300
|
-
|
-
|
-
|
200
|
|
|
Adventistes du 7ème
jour
|
2.500.000
|
-
|
-
|
-
|
4.100.000
|
|
|
5.000
|
-
|
-
|
-
|
8.400
|
|
|
MORMONS : Eglise de J.C.
des Saints derniers jours
|
3.500.000
|
4.000.000
|
-
|
3.000.000
|
6.000.000
|
|
|
10.000
|
-
|
-
|
-
|
15.000
|
|
|
Témoins de JEHOVAH
|
2.200.000
|
4.000.000
|
-
|
2.000.000
|
3.200.000
|
|
|
64.019
|
-
|
-
|
15.000
|
92.397
|
|
|
Antoinistes
|
150.000 en
1900
|
-
|
-
|
-
|
20.000
|
|
|
-
|
20.000
|
-
|
-
|
2.000
|
|
|
Scientistes Chrétiens
Christian Science
|
1.500.000
|
-
|
-
|
-
|
1.500.000
|
|
|
2.500
|
-
|
-
|
-
|
environ :
1.000
|
|
|
Conscience de KRISHNA
|
5.000
|
17.000
|
-
|
-
|
-
|
|
|
plusieurs
centaines
|
quelques milliers
|
450
|
-
|
plusieurs
centaines
|
|
|
Guru MAHARAT JI
Mission de la Lumière Divine
|
7.000.000
|
7.000.000
|
-
|
-
|
16.000.000
|
|
|
2.000
|
3.000
|
-
|
-
|
1.000
|
|
|
MOON
Eglise de l'Unification du Christianisme Mondial
|
2.000.000
|
2.000.000
|
de 100.000
à 3.000.000
|
600.000
|
500.000
|
|
|
1.000
|
-
|
100 à
200
|
-
|
plusieurs
centaines
|
|
|
SOKA GAKKAI
Nichiren Shoshu
|
20.000.000
|
15.000.000
|
-
|
-
|
7.000.000
(Japon)
|
|
|
1.000
|
3.000
|
-
|
-
| |